Après 2024, année au cours de laquelle aucune réglementation n’a été mise en place, au col du Nivolet, dans le Parc national du Grand-Paradis, on tente pour la deuxième année consécutive d’introduire une limitation du nombre de véhicules afin de lutter contre le surtourisme automobile et des véhicules motorisés, au moins dans la partie la plus élevée, entre 2 275 et 2 612 mètres d’altitude.
Le problème réside dans la législation italienne : alors qu’en France ou en Suisse, les routes de haute altitude sont interdites à la circulation – à l’exception des propriétaires fonciers, des agents forestiers ou des services de prévention des incendies –, dans le Piémont et plus généralement en Italie, il n’existe aucune contrainte juridique ni obligation.
Ce n’est qu’en Vallée d’Aoste et dans d’autres régions autonomes comme le Trentin ou le Haut-Adige qu’une législation spécifique a introduit des restrictions et des limites similaires à celles en vigueur en France et en Suisse.
Une habitude culturelle
Ainsi, une habitude culturelle italienne consistant à monter en montagne en voiture s’est, ces dernières années, conjuguée au surtourisme. De nombreux amateurs de haute montagne en voiture sont originaires des villes et sont généralement considérés comme des « petits dépensiers » : l’excursion dominicale à la recherche de la fraîcheur, souvent avec des sandwichs préparés à la maison. Ce phénomène touche une grande partie des Alpes occidentales italiennes, de Rochemolles à la Route du Sel, en passant par le col du Nivolet.
À Rochemolles, par exemple, en 2024, le préfet avait interdit un rassemblement de motos, et un dialogue est actuellement en cours avec les maires de la Haute-Maurienne afin de limiter les arrivées en voiture au col du Sommellier, à un peu plus de 3 000 mètres d’altitude.
Quoi qu’il en soit, la route menant au Nivolet est déjà considérée localement comme peu «naturelle », à la fois parce qu’elle est bien asphaltée et parce qu’elle mène à des lacs artificiels d’altitude, bien qu’il s’agisse de milieux d’une grande valeur naturelle.
La réponse des politiques publiques piémontaises a suivi une voie différente de celle des interdictions mises en place en France, en Suisse et dans les régions autonomes italiennes, en introduisant d’une part un quota d’accès et d’autre part des péages de transit, qui permettent par ailleurs l’entretien de ces routes.
Quoi qu’il en soit, les quotas d’accès et les péages sont préférables au «libre accès pour tous » qu’on a vu en 2024 et à la simple campagne de sensibilisation menée jusqu’alors par le Parc du Grand Paradis.
33 000 passages au Nivolet en 2024
En 2003, le Parc avait développé le projet «À pied parmi les nuages », qui était resté au stade de la sensibilisation. Les restrictions au Nivolet étaient minimes : quelques heures pendant toute la saison estivale. Durant des années, il n’y a eu aucune forme de comptage des passages, si ce n’est que des voitures en stationnement, dont les chiffres restent toutefois difficiles à connaître.
Enfin, en 2024, des radars de vitesse et des caméras de comptage des véhicules ont été installés au sommet, au col du Nivolet (2 612 mètres d’altitude), ainsi qu’un peu plus bas, près du lac de Serrù ( à 2 275 mètres). Il y en a également un dans le hameau de Pianchette, à 1 062 mètres d’altitude : mais il se trouve près de Noasque, avant Cérisoles (Ceresole Reale) et à 10 kilomètres avant la montée qui commence à Villa. Les radars sont entrés en service à des dates différentes, parfois tardivement par rapport à la saison : ce n’est que le 24 juillet 2024 au col du Nivolet.
Quoi qu’il en soit, au col du Nivolet, depuis la date d’installation du radar et durant l’été 2024, plus de 33 000 passages ont été enregistrés. Les week-ends, on comptait en moyenne environ 428 véhicules par jour, avec des pics de 1 145 véhicules en montée et un impact global, ce jour-là, aller-retour compris, d’environ 2 300 passages.
Au cours de la période d’observation comprise entre le 30 juillet et le 7 octobre 2024, en l’absence de fermetures dominicales, la moyenne hebdomadaire dépassait les 2 400 véhicules montant vers le col. En tenant compte également de la descente, le trafic total s’élevait à plus de 4 800 passages par semaine.

Une action désormais indispensable
Ces données étaient importantes, et une action s’imposait désormais. Le Parc du Grand-Paradis, où l’on constatait cette forme de surtourisme motorisé, montrait des difficultés à gérer ce phénomène complexe, alors qu’il avait précisément pour mission de préserver ces milieux de haute altitude, classés Natura 2000.
L’analyse réalisée par le Parc lui-même en 2024 a constitué une sorte de premier pas vers la prise en main du problème.
Elle a également mis en évidence l’impact sur la faune – comme les marmottes qui ne sortaient plus de leurs terriers, les insectes pollinisateurs éliminés, ainsi que les nuisances liées au bruit, aux déchets et à la qualité de l’air. Le Parc a rendu publiques ses mesures de régulation en mars 2025.
Il convient toutefois de rappeler, par rapport à d’autres territoires alpins, qu’il existe d’autres environnements de haute altitude qui connaissent une forte fréquentation touristique.
En France, il existe plusieurs cols alpins entre les vallées en haute altitude que traversent des voitures et des motos en été, comme le col de l’Iseran (2 770 mètres) ou le col du Galibier (2 645 mètres). En Suisse, le chemin de fer de la Jungfrau culmine à 3 454 mètres et a imposé une limitation de fréquentation à 5 500 personnes par jour. Il a néanmoins accueilli 1,06 million de visiteurs en 2025. C’est vrai, ce ne sont pas des voitures : mais cela représente tout de même un nombre important de personnes.
Une réglementation, mais uniquement au-dessus de 2 200 mètres
Au vu des données recueillies, le Parc national du Grand Paradis a élaboré une réglementation, pour l’instant encore limitée. Il a en effet cherché un compromis entre la demande liée au tourisme motorisé et la volonté de contenir, au moins en partie, ce phénomène.
Pour l’instant, aucune restriction n’est en vigueur entre 1 000 et 2 200 mètres, c’est-à-dire entre le hameau de Villa et le lac Serrù, situé à 2 275 mètres d’altitude, un réservoir artificiel qui, avec celui d’Agnel, alimente la centrale hydroélectrique de Villa, du groupe Iren spa, située 700 mètres plus bas.

Le tronçon final, en revanche, entre le lac Serrù et le plan du Nivolet, est réglementé. La limite maximale est de 350 véhicules par jour, motos comprises, moyennant le paiement d’un droit d’accès de 10 euros par véhicule, à régler en ligne sur une plateforme du Parc du Grand Paradis, sous le nom touristique évocateur en anglais de « Nivolet Card ».
Entre le Piémont, la Vallée d’Aoste et… l’Enel
Cette mesure est le fruit d’un accord signé en 2025 entre le Parc national du Grand-Paradis, la Ville métropolitaine de Turin, la Région autonome de la Vallée d’Aoste et les communes de Cérisoles (Ceresole Reale) et de Valsavarenche. La participation de la Région Vallée d’Aoste et de la commune de Valsavarenche s’explique par le fait que la route pénètre sur le territoire valdôtain sur un court tronçon, où se trouvent le col proprement dit, le refuge « Ville de Chivasso » et le refuge « Savoie » (2 534 mètres), destinations prisées par de nombreux automobilistes.
Pour mémoire, cette route a été conçue à l’origine comme une liaison entre le Piémont et la Vallée d’Aoste ; l’Enel, la principale compagnie d’électricité en Italie, l’a construite dans les années 1960 dans le cadre de travaux, mais aussi en contrepartie de l’installation de la ligne électrique à haute tension qui traverse précisément le plan du Nivolet, toujours dans le Parc du Grand-Paradis. L’entretien de la route du côté valdôtain s’est immédiatement avéré problématique, et la route est restée en service uniquement du côté piémontais, avec un court tronçon dans le Valsavarenche valdôtain.
Comment fonctionne la régulation dans la partie haute, en 2026
En juin 2026, la régulation n’a pas encore commencé – et les montées sont déjà nombreuses lors de ces week-ends marqués par des températures élevées en ville. Elle débutera le samedi 4 juillet et ne s’appliquera que les week-ends de juillet, tandis que du 27 juillet au 30 août, elle sera en vigueur tous les jours, avant de ne s’appliquer à nouveau que les deux premiers week-ends de septembre. En 2024, c’est justement lors d’un week-end de septembre qu’un pic de fréquentation en voiture avait été enregistré.
Il existe également une navette, à laquelle la communication du Parc n’accorde toutefois qu’une importance relative, et pour laquelle il n’est pas possible de réserver en ligne.
Nivolet Bike Day
Trois journées de fermeture de la route sont également prévues, toujours dans la partie en altitude, entre 2 200 et 2 600 mètres, entre le lac Serrù et le col du Nivolet. La première aura lieu le 27 juin, un samedi, avant le début de la régulation de juillet, à l’occasion du Nivolet Bike Day. La deuxième est prévue le 25 juillet, également un samedi, pour le Fitwalking Day. La troisième aura lieu le 21 août, un vendredi, lorsque le Nivolet accueillera un événement du projet Interreg BiodivTourAlps.
Le Parc du Grand-Paradis n’est toutefois pas seul dans ce projet. Il s’est associé à l’IRES Piémont, l’organisme de recherche de la Région Piémont, et à l’Institut de recherche sur la croissance économique durable (IRCRES), l’un des instituts du Conseil national de la recherche (CNR), qui se trouve à Turin. Il faut donc espérer qu’un autre point de suivi sera également installé après le hameau de Villa, afin de compter le nombre de voitures qui entament l’ascension vers le lac Verrù.
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