L’année 2026 marque pour le Lac Léman le cap des 40 ans depuis le début de l’assainissement de ses eaux, lancé dans le sillage de la loi suisse qui, à compter de juillet 1986, a interdit l’ajout de phosphates dans les détergents. Quatre décennies plus tard, les conditions d’un bassin autrefois affecté par une prolifération incontrôlée d’algues, une diminution de l’oxygène et des interdictions de baignade dans de nombreuses localités ont donc radicalement changé.
L’eutrophisation et les années d’urgence
Les premiers signes de dégradation environnementale du Lac Léman ont commencé à apparaître après la Seconde Guerre Mondiale, lorsque l’utilisation croissante d’engrais et la généralisation des détergents contenant des phosphates ont entraîné une accumulation progressive de polluants. Ce phénomène, connu sous le nom d’eutrophisation, favorise une croissance excessive de la végétation aquatique et des algues, suivie d’une décomposition de la matière organique qui consomme de grandes quantités d’oxygène.
En l’espace de quelques années, le lac passe d’un équilibre consolidé depuis des millénaires à un état de forte altération environnementale susceptible de mettre gravement en péril l’ensemble de l’écosystème lacustre. Les conséquences sont tangibles : les espèces de poissons qui en sont le symbole subissent des baisses drastiques de leurs effectifs et certaines collectivités locales en viennent à interdire la baignade pour des raisons sanitaires.
Le rôle de la société civile
La restauration du Lac Léman n’est pas le fruit d’une décision politique isolée mais plutôt d’une longue mobilisation impliquant des associations, des chercheurs, des pêcheurs et des consommateurs. Dans les années 1960, la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL) commence à formuler des recommandations à l’intention de la France et de la Suisse afin de réduire les apports de phosphore dans les eaux.
Par la suite, les organisations de consommateurs et les associations environnementales intensifient également leurs campagnes de sensibilisation, tandis que les médias contribuent à porter cette problématique à l’attention de l’opinion publique. Fondée en 1980, l’Association pour la sauvegarde du Léman (ASL) devient l’un des principaux acteurs de cette lutte, en encourageant la réalisation d’études, en menant des initiatives publiques et en entretenant un dialogue constant avec les institutions, jusqu’à l’instauration de l’interdiction des phosphates dans les lessives.
Une renaissance qui ne doit pas nous inciter à baisser la garde
La réduction des apports en phosphore a permis au Lac Léman de retrouver une grande partie de sa qualité écologique, mais cette victoire ne signifie pas pour autant qu’il soit à l’abri de nouvelles pressions environnementales. Selon l’ASL, en effet, parmi les menaces les plus importantes figurent la présence de micropolluants tels que les pesticides et les substances persistantes, les effets de plus en plus évidents du changement climatique et la pollution par le plastique.
En ce qui concerne ce dernier point, selon les estimations les plus récentes, près de 100 tonnes de matières plastiques se retrouvent chaque année dans le lac, soit une quantité qui a doublé par rapport à il y a quelques années. Parmi les sources, on peut citer l’usure des pneus, les peintures utilisées dans les bâtiments et les fibres synthétiques libérées lors du lavage des vêtements, des particules qui constituent une menace pour la biodiversité et pour la qualité globale des eaux.
Le cas du 1,2,4-triazole et le réchauffement des eaux
Ces derniers mois, l’attention s’est portée sur présence de 1,2,4-triazole, une substance utilisée dans la fabrication de médicaments et de produits agrochimiques, dans les eaux du Lac Léman et dans les réseaux d’approvisionnement qui y sont reliés. Les analyses menées en Suisse et en France ont révélé des concentrations supérieures aux limites réglementaires suisses pour l’eau potable, et les enquêtes ont identifié comme source possible le pôle chimique de Monthey (Canton du Valais).
Parallèlement à la pollution chimique, le lac doit faire face aux effets du réchauffement climatique et à la hausse sensible des températures de l’eau observée au cours des dernières décennies. Les conséquences se font surtout sentir sur le brassage naturel entre la surface et les profondeurs, un processus essentiel pour garantir l’oxygénation des couches les plus profondes, sans lequel les conditions de vie de nombreuses espèces deviennent plus difficiles.
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