Lors de la conférence de presse de clôture du sommet France-Italie d’Antibes, Giorgia Meloni et Emmanuel Macron ont également évoqué les transports et les liaisons transfrontalières, sans toutefois mentionner le tunnel du Mont-Blanc.
Les transports? C’était secondaire par rapport aux autres grands thèmes, tels que la défense, le développement économique et l’innovation, le numérique, le nouveau cadre financier commun et les politiques de cohésion européennes, sans parler de l’Ukraine, du Moyen-Orient, d’Ormuz et des États-Unis.
Ce sont là les grands thèmes du sommet, auquel ont participé huit ministres de chaque côté. Le forum économique franco-italien, avec plus de 200 participants, a donné le ton d’un dialogue pragmatique entre les deux Pays.
Pourtant, les transports ont également été abordés.
Axes routiers et ferroviaires, Marseille-Nice-Gênes, Fréjus et Lyon-Turin, mais pas de Mont-Blanc
Lors de l’intervention de Macron en conférence de presse, et également en réponse à une question, le message concernant les transports a été positif. Le tunnel routier de Tende a été rouvert, on va l’ouvrir davantage (il est actuellement en circulation en alternat avec des fermetures), on va commencer le deuxième tube, celui historique, dans les prochaines semaines.
Pour le tunnel ferroviaire de Tende, la Convention a été signée, nous allons entamer les travaux de modernisation. La ligne à grande vitesse Lyon-Turin avance.
En revanche, silence total sur le tunnel du Mont-Blanc, pas un mot.
Silence prudent autour du tunnel du Mont-Blanc
Parmi les journalistes, il manquait sans doute nos confrères du Dauphiné ou de La Stampa ; ils auraient certainement posé une question sur le tunnel du Mont-Blanc.
Le président Macron a toutefois attribué un rôle dans l’accélération des processus en matière de transports au Comité frontalier du Traité du Quirinal, dont la dernière réunion s’est tenue à Bard, en Vallée d’Aoste, le 4 juin dernier.
Mais, sur le Mont-Blanc, silence total. La présidente Giorgia Meloni est apparue encore plus vague et distraite dans sa référence aux infrastructures de transport, au point de paraître imprécise sur certains points – allant même jusqu’à parler de « reprise du Mont-Cenis… ».
Une attitude discrète, peut-être signe du « très bon sens politique » que Marc Lazar lui a reconnu dans l’interview accordée au Dauphiné et parue tôt le matin du jour du sommet, le 25 juin.

Mais l’étude sur les transports sera réalisée
Si la question du tunnel du Mont-Blanc avait fait l’objet de positions totalement divergentes, Giorgia Meloni l’aurait peut-être évoquée dans son intervention, ou bien l’aurait peut-être laissée de côté en raison de son manque d’importance. On ne le sait pas, mais son attitude a suscité un doute chez nous et nous sommes donc allés lire la Déclaration commune finale du sommet.
On y retrouve la même référence au Comité de coopération frontalière de Bard, au tunnel de Tende, au Fréjus, à la ligne ferroviaire Marseille-Nice-Gênes.
Cependant, au point 50, qui n’a pas été mentionné lors de la conférence de presse, figure également un paragraphe sur l’étude dont il a été question lors du Comité frontalier de Nice du 7 février 2025 – et qui avait déjà suscité des réactions à l’époque – ainsi que lors de celui de Bard, le 4 juin 2026.
Cette étude porte sur l’ensemble des liaisons ferroviaires et routières entre l’Italie et la France (y compris donc celle du Mont-Blanc) et aborde deux thèmes.

Le premier est la résilience, et c’est assurément un problème : rupture de charge à Vintimille et Modane en raison de la différence entre les deux réseaux électriques ferroviaires, lenteur de la construction du tunnel routier de Tende, ligne ferroviaire de Tende et de la vallée de la Roja à 40 à l’heure.
Viennent ensuite le billet de train à 59 euros pour les 30 km entre Modane et Oulx, les travaux entre Lyon et Saint-Jean-de-Maurienne pour le nouveau train à grande capacité dont le financement reste à trouver, le tunnel du Mont-Blanc qui sera peut-être fermé à l’automne pour plusieurs décennies, et qui sait combien de décennies.
La décarbonisation
Le deuxième thème est la décarbonisation, et là aussi, il y a du travail : l’autoroute à hydrogène pour les poids lourds disparue des radars et à relancer, l’Autoroute ferroviaire alpine à remettre en service en septembre, les trains à double système comme entre l’Italie et la Suisse.
En outre, il y a également une possible facilitation du transport ferroviaire régional de voyageurs par rapport au transport routier, une préférence pour la traction électrique dans les péages routiers et les tunnels, des points de recharge électrique structurés comme sur l’axe du Brenner, et peut-être encore d’autres mesures.
Ce sont là des éléments que l’on peut retrouver en observant les différentes actualités et initiatives, mais qui devraient désormais faire l’objet d’une étude, Mont-Blanc compris.
Le contexte est double.
Selon les conclusions d’Antibes, d’une part, il y a «les intérêts spécifiques de nos territoires et des autorités locales », avec le risque de surcharger la Maurienne et le Val de Suse en poids lourds si le Mont-Blanc est trop fermé ou en cas d’incidents.
D’autre part, les élus locaux et régionaux français sont pour la plupart opposés au deuxième tube du tunnel du Mont-Blanc, tandis que les élus italiens y sont majoritairement favorables.
Quoi qu’il en soit, selon les conclusions du sommet d’Antibes, l’étude sera réalisée.
Nous l’avions confirmé dans Nos Alpes après la réunion du Comité de coopération frontalière de Bard, le 4 juin : d’après des sources diverses et convergentes, nous avions compris que cela concernait l’ensemble de la frontière, la décarbonisation et la résilience.
Nous avions compris que peut-être l’université Bocconi de Milan et une université française, en collaboration avec Cerema, s’en chargeraient de manière indépendante.
Le Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes s’oppose au doublement, mais est favorable à une vision globale

À l’initiative du conseiller régional Éric Fournier, ancien maire de Chamonix pendant 18 ans, de 2008 à 2026, le Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes a voté le 25 juin même, jour du sommet, un « vœu » contre le doublement du tunnel du Mont-Blanc.
C’est également M. Fournier (min. 06:03:50) qui a demandé que la Région soit associée à toute réflexion d’ordre plus global, de Vintimille au tunnel du Mont-Blanc.
C’est ce qu’indiquent les conclusions d’Antibes, qui évoquent précisément une réflexion globale sur l’ensemble de la frontière, en tenant compte des intérêts spécifiques des territoires et des élus locaux. Seuls quelques élus de l’UDI, le parti de M. Fournier, se sont prononcés en faveur de cette motion, mais le vote final a été adopté à une très large majorité: 142 voix pour, 3 contre et 37 abstentions.
Pourtant, et malgré ce vote, il se passe quelque chose, même s’il faut le chercher à la loupe.
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par Sylvie Roman









