Le Lac Majeur, bassin transfrontalier entre le Piémont, la Lombardie et le Canton du Valais, illustre l’une des manifestations les plus flagrantes de la crise de l’eau et de la sécheresse qui touchent l’Europe en général et Nos Alpes en particulier. En effet, depuis plusieurs jours, le niveau de l’eau se maintient à environ 41 centimètres en dessous du zéro hydrométrique relevé au Barrage de la Miorina, se rapprochant ainsi du minimum estival historique de -52 centimètres enregistré en 1976.
La différence est immédiatement perceptible le long des rives italiennes et suisses, où des portions du fond lacustre habituellement submergées sont apparues, laissant des bouées échouées sur les plages et de vastes zones à sec là où il y avait normalement de l’eau. Ce phénomène a toutefois des répercussions bien au-delà de la simple dimension visible du lac, car la réduction du volume d’eau modifie des facteurs tels que la température, les conditions chimiques et l’habitat des organismes vivant dans le bassin.
Les effets de la sécheresse sur le lac Majeur
L’un des aspects les moins immédiats de la vague de sécheresse qui, à l’instar de nombreux autres bassins de Nos Alpes, a touché le Lac Majeur concerne la température de l’eau. Selon Michela Rogora, chercheuseà l’Institut de recherche sur l’eau du CNR de Verbania, le réchauffement de la surface a commencé cette année exceptionnellement tôt, dès le mois de mai, parallèlement à la première vague de chaleur.
Au cours de l’été, la température des premiers mètres d’eau atteint normalement 28 degrés, des valeurs élevées qui, au cours de cette saison atypique, se sont maintenues pendant des semaines, favorisant une forte évaporation. Il en résulte un cercle vicieux supplémentaire qui entraîne une augmentation considérable de la concentration en sels dans les couches superficielles, ce qui ne provoque pas nécessairement une détérioration chimique généralisée liée simplement à la période de basses eaux.
Le risque pourrait survenir avec les prochaines pluies
Paradoxalement, les conséquences les plus critiques pour le Lac Majeur pourraient se manifester précisément avec les pluies, car les rives, restées sèches pendant des semaines, pourraient accumuler des matériaux et des substances provenant des activités environnantes. Si les précipitations seront intenses, l’eau pourrait rapidement entraîner dans le lac les matières déposées sur le sol, y compris des nutriments tels que l’azote et le phosphore ainsi que des résidus de produits utilisés en agriculture.
La baisse du niveau n’a toutefois pas que des effets négatifs, car, dans les zones riveraines, l’exposition temporaire de certaines surfaces peut favoriser le développement de la végétation. C’est le cas des roselières et des zones proches des embouchures des rivières, où l’alternance entre zones submergées et zones à sec peut modifier temporairement les conditions favorables aux plantes aquatiques et aux macrophytes.
Les conséquences pour les poissons
La faune ichtyologique – corégones, perches, brochets, truites et autres espèces – n’est généralement pas contrainte de suivre le lac dans son recul, mais peut se déplacer vers des zones plus profondes en fonction de la température. Lorsque les couches superficielles deviennent trop chaudes, les poissons ont tendance à descendre à la recherche de conditions plus favorables, du moins en présence de zones riches en oxygène.
La baisse du niveau du lac à cette période de l’année aurait un impact relativement limité, car les phases les plus délicates du cycle biologique de nombreuses espèces se concentrent principalement au cours des premiers mois de l’année. Le problème peut en revanche se poser plus concrètement pour la pêche, car le déplacement des poissons vers des profondeurs plus importantes modifie également les conditions de travail des pêcheurs utilisant des filets.
Les mollusques sont parmi les plus exposés
Les mollusques bivalves d’eau douce s’avèrent en revanche bien plus vulnérables : contrairement aux poissons, ils ne peuvent pas simplement se déplacer vers des zones encore submergées lorsque le niveau baisse. Ces organismes sont des filtreurs et participent au fonctionnement du réseau trophique aquatique ; par conséquent, toute modification de leur présence peut avoir des répercussions sur l’équilibre du plancton et, indirectement, sur les espèces de poissons qui s’en nourrissent.
Les populations indigènes peuvent se retrouver exposées à l’air libre et mourir dans les zones asséchées, un phénomène déjà observable sur les berges, où la présence d’organismes morts ou en décomposition peut contribuer à la formation de mauvaises odeurs. À cela s’ajoute un effet potentiel sur la composition de la communauté biologique, avec l’arrivée d’espèces envahissantes et adaptables – comme la « palourde asiatique » – capables de tolérer des conditions difficiles et de se reproduire rapidement.
Une crise qui touche également les rivières
Dans le Piémont, les débits de plusieurs cours d’eau ont également fortement diminué et la rareté des précipitations met à rude épreuve les réseaux d’adduction d’eau de certaines zones de la région de Biella et de la Valsesia. Le Pô, par exemple, présente, selon l’Autorité du bassin du Pô, des niveaux fortement réduits en plusieurs points de son cours, ce qui a des répercussions sur l’irrigation, la production hydroélectrique et la disponibilité en eau douce.
Dans le bulletin publié jeudi 6 août dernier par la Plateforme nationale sur la sécheresse, les autorités suisses font état d’une situation critique à l’échelle nationale et de déficits pluviométriques marqués dans de nombreuses régions. Cette situation concerne également les nappes phréatiques et les sources, dont les niveaux restent bas et affichent une tendance à la baisse, sans que les précipitations orageuses locales ne suffisent à rétablir l’équilibre des grands bassins.
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