À Annecy, depuis le 14 septembre, des travaux sont en cours pour creuser les puits destinés à l’installation de géothermie de l’Hôtel de Ville en renovation, qui exploitera la nappe souterraine pour couvrir les besoins en chauffage et en climatisation du bâtiment. Il y aura deux puits dans un premier temps, éventuellement un troisième, et le rejet des eaux se fera dans le canal du Thiou.
L’utilisation de l’énergie géothermique sur un seul bâtiment public est intéressante en raison de son rapport entre les investissements nécessaires et son faible impact général, ainsi que pour sa contribution dans le domaine des énergies renouvelables. La ville a également eu la chance de disposer d’une nappe phréatique à proximité et de savoir l’exploiter de manière durable.
Une nappe sous les Jardins de l’Europe
Le choix de la géothermie fait suite à environ six ans d’études techniques et d’essais menés dans la zone des Jardins de l’Europe. L’objectif était d’identifier un système capable de réduire la consommation énergétique du bâtiment, encore en reconstruction après l’incendie du 14 novembre 2019.
Celui-ci avait gravement endommagé la toiture et les étages supérieurs du bâtiment et avait entraîné le déplacement des services municipaux vers différents sites. S’en est suivie une rénovation complète du bâtiment, dont la conception et la planification ont nécessité plusieurs années.
L’installation exploite la nappe phréatique présente dans les couches alluviales de la cluse d’Annecy. Les puits de captage atteindront une profondeur comprise entre 5 et 10 mètres environ, variable en fonction du niveau de la nappe.
Deux puits seront initialement creusés. Un troisième ne sera ajouté que si les essais démontrent que le débit des deux premiers n’est pas suffisant. Selon le projet, le système pourra couvrir l’intégralité des besoins de l’Hôtel de Ville en matière de chauffage et de climatisation.
L’eau sera rejetée dans le Thiou
Après l’échange thermique dans l’installation, l’eau sera acheminée vers le Thiou, l’émissaire du lac d’Annecy, et rejetée à hauteur du quai Chappuis, et non dans la nappe d’origine.
Ce choix s’explique par les caractéristiques hydrogéologiques du site. Les études ont mis en évidence les problèmes potentiels liés à une réinjection dans une nappe peu profonde, notamment le risque de recirculation de l’eau déjà utilisée et des difficultés liées au fonctionnement des puits.
Un autre aspect concerne la présence de fer dans les eaux souterraines. Au contact de l’oxygène, celui-ci peut former des oxydes et provoquer une coloration rougeâtre au niveau du rejet. Au cours des analyses préliminaires, l’installation d’un système d’oxydation et de filtration sur sable a donc été prévue ; celui-ci est mis en œuvre afin de limiter cet effet avant le rejet dans le Thiou.
Le projet est soumis à la réglementation et a obtenu l’autorisation environnementale au titre du code minier par arrêté préfectoral du 4 août 2026.
Les travaux de forage et les essais sur les puits ont débuté le 14 septembre et devraient durer environ quatre semaines. Les travaux de rejet dans le Thiou sont prévus à partir de fin septembre pour une durée d’environ deux semaines, tandis que la pose des réseaux dans les Jardins de l’Europe est programmée pour mars 2027. L’achèvement de l’intervention géothermique est prévu pour la mi-mai 2027 : l’opération dure donc huit mois.
Une solution adaptée au bâtiment
Pendant ce temps, le chantier se poursuit à l’intérieur de l’Hôtel de Ville. Au 15 septembre, le premier étage et la mezzanine étaient en cours de construction, tandis que le rez-de-chaussée et les sous-sols étaient achevés.
Le projet d’Annecy se distingue par l’échelle réduite de l’intervention. Il ne s’agit ni de géothermie profonde, ni d’un réseau destiné à desservir un quartier ou une ville, mais d’un système conçu pour répondre aux besoins d’un seul bâtiment public.
La présence d’une nappe phréatique à quelques mètres de profondeur a permis d’exploiter une ressource locale sans recourir à des forages profonds. La municipalité inscrit ce choix dans sa politique de développement des énergies renouvelables et dans les objectifs du Plan Climat Air Énergie Territorial du Grand Annecy.
De la géothermie profonde aux projets locaux
Dans l’arc alpin, des expériences très diverses et de plus grande envergure sont en cours. À Martigny, dans le Valais, des mesures géophysiques ont été réalisées en 2024 pour vérifier la présence d’eau chaude à environ 1 500 mètres de profondeur, dans le but d’évaluer une éventuelle utilisation dans un réseau de chauffage urbain. Dans le Jura suisse, à Haute-Sorne, le projet porte quant à lui sur la géothermie profonde, avec des forages de plusieurs kilomètres, accompagnés d’investissements importants et de polémiques.
Le thème de la géothermie a également fait l’objet d’un projet Interreg Italie-France, baptisé ENER-TER: dans la vallée de Chamonix-Mont-Blanc aussi, des études sur le potentiel géothermique sont en effet prévues, en plus d’installations photovoltaïques. L’initiative rassemble l’Unité des Communes valdôtaines Grand-Combin, chef de file, la Communauté de Communes de la Vallée de Chamonix-Mont-Blanc et le SYANE, établissement public de la Haute-Savoie spécialisé dans l’énergie et les infrastructures numériques.
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