Construit entre le XVIII et le XIX siècle pour défendre la frontière entre le royaume de Sardaigne et la France, le Fort de Fenestrelle domine la Vallée Chisone (Turin) et compte parmi les complexes fortifiés les plus imposants d’Europe. S’étendant sur plus de trois kilomètres le long du versant de la montagne et s’élevant sur un dénivelé d’environ 635 mètres, ce système défensif est constitué de forts, de redoutes, de bastions et d’ouvrages reliés entre eux au sein de ce qu’on appelle la « Grande Muraille italienne ».

L’escalier du Fort de Fenestrelle
Vu d’en haut, le Fort de Fenestrelle apparaît comme une immense ligne de remparts qui remonte le versant de la montagne, un système défensif complexe s’étendant sur plusieurs kilomètres. L’élément le plus fascinant est l’Escalier couvert, composé de près de 4 000 marches protégées par d’épais murs, s’étendant sur plus de deux kilomètres et présentant un dénivelé de plus de cinq cents mètres, le tout entièrement à l’intérieur de la montagne.
Conçu au XVIII siècle pour être également praticable par les mulets chargés du transport des vivres et des munitions, il est relié à un long tunnel permettant aux soldats d’atteindre chaque secteur sans s’exposer au froid ni aux attaques ennemies. À côté s’étend l’Escalier Royal, entièrement à ciel ouvert et composé d’environ 2 500 marches, le chemin emprunté lors des visites des souverains qui offre encore aujourd’hui une vue spectaculaire sur la Vallée Chisone.

Une sentinelle conçue pour surveiller la frontière
La construction du Fort de Fenestrelle débute en 1728, quelques années après le Traité d’Utrecht qui attribue la haute Vallée Chisone aux Savoie, déplaçant ainsi la frontière avec la France le long de la ligne de partage des eaux alpine. C’est le roi Victor-Amédée II qui confie à l’ingénieur militaire Ignazio Bertola la conception d’un ouvrage capable d’empêcher d’éventuelles invasions venant de la vallée, dont les travaux s’étendent sur plus d’un siècle.
Paradoxalement, cependant, la forteresse n’a jamais eu à faire face aux grands sièges pour lesquels elle avait été conçue, car son imposante stature suffisait à elle seule à jouer un rôle essentiellement dissuasif. Dans le sillage des changements et des évolutions des techniques militaires, elle est en revanche utilisée pour héberger des milliers de soldats ainsi que comme prison et pénitencier d’État au cours de différentes époques historiques.
Parmi les détenus de ce lieu de détention militaire du Royaume d’Italie figuraient des opposants politiques de l’époque napoléonienne, des officiers condamnés par les tribunaux militaires, des ecclésiastiques et des prisonniers des guerres du Risorgimento. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle a connu son seul épisode militaire significatif, lorsque les partisans ont fait exploser une partie de la Ridotta Carlo Alberto pour entraver l’avancée des troupes nazies et fascistes.

De la dégradation à la renaissance
À la fin de la guerre, le Fort de Fenestrelle est désaffecté par l’armée italienne et laissé à l’abandon : ainsi, pendant des décennies, les bâtiments subissent des pillages et se détériorent, perdant une grande partie de leurs structures internes. Le tournant s’opère toutefois au début des années 90 grâce à l’engagement des bénévoles de l’association « Progetto San Carlo », qui entament un long processus de restauration et de mise en valeur qui se poursuit encore aujourd’hui.
L’importance internationale du site a été reconnue en 2007, lorsque le World Monuments Fund l’a classé parmi les cent monuments historiques du monde ayant le plus besoin de protection. Ces dernières années, la forteresse est redevenue l’une des principales attractions culturelles de la Vallée Chisone en particulier et du Piémont en général, capable d’attirer des dizaines de milliers de visiteurs chaque année.

Comment visiter la forteresse aujourd’hui
En raison précisément des dimensions exceptionnelles du complexe, l’accès au Fort de Fenestrelle n’est possible que dans le cadre de visites guidées organisées par les bénévoles de l’Association « Progetto San Carlo ».
Le parcours le plus court est consacré au fort éponyme et permet de découvrir l’histoire de la forteresse en explorant les quartiers de la garnison, les cuisines, l’église, le palais du gouverneur et les souterrains. Ceux qui souhaitent vivre une expérience plus complète peuvent quant à eux opter pour l’itinéraire d’environ trois heures, qui comprend un long tronçon de l’Escalier Couvert, les casemates, les bastions et la spectaculaire « Garitta del Diavolo ». Pour les passionnés, l’excursion complète correspond finalement à une journée entière passée à gravir des milliers de marches jusqu’au Fort des Vallées, en traversant pratiquement l’ensemble du système défensif.
LIRE AUSSI : Bard : le Fort et l’ancien bourg de la Vallée d’Aoste









