Combien y a-t-il de travailleurs frontaliers en Suisse ? Quelles raisons poussent des milliers de personnes à franchir chaque jour la frontière pour se rendre à leur travail ? Et quelles conséquences cette mobilité transfrontalière a-t-elle sur les salaires, les services publics et les communautés des territoires concernés ?
Telles sont quelques-unes des questions abordées dans « Le travail frontalier en Suisse – 30 questions », un ouvrage collectif qui propose une analyse du phénomène à travers des données statistiques et des approfondissements thématiques. Celui-ci est coédité par l’ancien syndicaliste jurassien Jean-Claude Rennwald, le journaliste Daniel Droz, le géographe et professeur d’université Alexandre Moineeet le spécialiste en sciences sociales Stéphane Rossini.
Publié en septembre dernier aux Éditions Alphil, il est disponible à la vente sur le site web de la maison d’édition au prix de 33,00 francs suisses (soit 29,00 euros) pour la version papier.
Les travailleurs frontaliers en Suisse
Les chiffres relatifs aux frontaliers reflètent l’ampleur prise par ce phénomène en Suisse, offrant ainsi des repères pour s’orienter dans un débat qui implique les professionnels, les entreprises, les administrations et les citoyens. Alors qu’en 1978, on comptait environ 84 000 salariés étrangers, au quatrième trimestre 2025, leur nombre total dépassait les 411 000, soit environ 7,66% de la population active suisse.
Bien qu’elle n’ait pas été constante, cette croissance s’est récemment accélérée, notamment en raison de l’évolution de l’économie suisse et de l’entrée en vigueur, en 2002, de l’accord sur la libre circulation des personnes. Cette augmentation s’inscrit dans un système économique caractérisé par des écarts salariaux et par une demande de main-d’œuvre qui touche différents secteurs, avec une présence significative de travailleurs originaires de France, d’Italie et d’Allemagne.
Trois zones pour observer la mobilité transfrontalière en Suisse
L’analyse présentée dans cet ouvrage accorde une attention particulière à la Suisse romande, au Tessin et aux Cantons de Bâle, territoires qui concentrent au total plus de 80% des frontaliers employés dans la Confédération. Toutefois, des facteurs tels que les caractéristiques du marché, la structure productive, la disponibilité des liaisons ferroviaires et routières ainsi que la proximité des centres urbains contribuent à déterminer des modalités et une intensité différentes dans le développement de cette forme de mobilité.
Entre le Jura et Neuchâtel, par exemple, la présence de cette catégorie de travailleurs revêt une importance considérable par rapport à l’emploi global, tandis qu’au Tessin, ce phénomène s’inscrit dans le cadre d’une étroite intégration économique avec la Lombardie. À Genève, la main-d’œuvre frontalière est présente dans de nombreux secteurs, notamment la santé, le bâtiment et les services, ce qui fait de ce canton celui qui compte le plus grand nombre absolu d’entre eux (118 067, soit environ 29% du total).
De l’emploi à la fiscalité
« Le travail frontalier en Suisse » articule précisément son analyse autour de 30 questions allant de la définition même du travailleur frontalier aux conséquences économiques et sociales engendrées par cette forme de mobilité. L’accent est mis, entre autres, sur les opportunités d’emploi, les rémunérations, les conditions contractuelles et le risque de dumping salarial, à savoir la pression exercée par la concurrence sur les salaires et les conditions de travail.
Une autre partie de l’étude porte par ailleurs sur le fonctionnement des systèmes de protection sociale et des accords fiscaux, où les différences entre les législations peuvent compliquer la gestion des droits et des obligations. L’ouvrage aborde également la relation entre formation et emploi, considérée comme une opportunité d’obtenir des salaires plus élevés à l’étranger, ce qui favorise les déplacements mais alimente en même temps les difficultés de recrutement dans les territoires d’origine et d’études.
La perspective s’élargit ensuite aux questions de logement, à l’aménagement du territoire, à l’impact environnemental des trajets quotidiens en voiture et aux opportunités offertes par le télétravail. Tout cela contribue à dresser un tableau qui, bien qu’il ne porte que sur le marché du travail proprement dit, finit par englober un réseau de relations économiques, administratives et sociales qui dépasse les frontières nationales.
Salaires, services et relations entre résidents et frontaliers
Parmi les points touchés dans l’ouvrage, certaines reviennent régulièrement dans le débat public sur les travailleurs frontaliers en Suisse, qui s’est enflammé en raison de l’application du nouvel accord fiscal et de diverses questions qui restent encore aujourd’hui en suspens. Les frontaliers gagnent-ils moins que leurs collègues résidents ? Leur présence a-t-elle une incidence sur les possibilités d’emploi de ceux qui vivent en Suisse ? Quels effets cela produit-il sur leurs territoires d’origine ?
Ces questions nécessitent de distinguer les secteurs professionnels, les régions et les conditions contractuelles, car les écarts salariaux peuvent évidemment varier en fonction de l’activité exercée et du lieu de travail. Dans le même temps, la mobilité vers la Confédération peut offrir des opportunités professionnelles et salariales aux salariés, tandis que les entreprises des Pays voisins peuvent rencontrer des difficultés à retenir du personnel qualifié.
Quant aux transports, l’utilisation prédominante de la voiture dans certaines zones contribue à l’engorgement du réseau routier et alimente les débats sur l’adéquation des liaisons de transports en commun. Renforcer les liaisons ferroviaires et mieux coordonner les horaires font partie des pistes envisagées pour répondre aux besoins des deux côtés de la frontière.
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