Fort Queyras a reçu 500 000 euros du Loto du patrimoine pour la restauration du bâtiment historique qui domine le Guil, dans les Hautes-Alpes. Cette subvention, remise le 18 septembre, contribue à un programme de restauration dont le coût total est estimé à environ quatre millions d’euros, porté par les propriétaires Anne-Laure Veyne et Nicolas Chabrand avec le soutien des pouvoirs publics et des associations locales.
Sélectionné parmi les 18 sites de l’édition 2026, représentant la Région Sud (Provence-Alpes-Côte d’Azur), le Fort a obtenu le montant maximal prévu pour un monument unique. Ce financement provient du Loto du patrimoine, une initiative de loterie en collaboration avec La Française des jeux (FDJ United), créée en 2018 et dirigée par Stéphane Bern (Mission Patrimoine) afin de collecter des fonds destinés à la restauration de monuments historiques et de sites culturels considérés comme menacés, initiative qui bénéficie aussi du soutien du ministère français de la Culture.
De nombreuses personnalités ont assisté à la remise des fonds, notamment la sous-préfète de Briançon, Audrey Servat, qui a souligné l’engagement des propriétaires et le soutien de l’État dans la restauration. En effet, il s’agit d’une collecte de fonds et d’un mode de réhabilitation et de restauration du patrimoine très répandu en France, contrairement à l’Italie par exemple, où en général l’intervention et le financement relèvent entièrement du secteur public.
Ce financement vient s’ajouter à un travail déjà engagé dans la vallée, entre restauration, formation professionnelle et activités ouvertes au public. Le Fort a clôturé la saison estivale 2026 avec plus de 20 000 visiteurs en trois mois, selon les chiffres communiqués par les propriétaires. Il a fermé ses portes le 21 septembre afin de permettre aux entreprises de poursuivre les travaux avant l’arrivée du gel, tandis que la réouverture est prévue en juin 2027.
Les propriétaires et leur relation avec la vallée
Anne-Laure Veyne et Nicolas Chabrand ont acquis le Fort et les terrains en décembre 2023. Leur projet prévoyait déjà la restauration des bâtiments et les aménagements nécessaires pour les ouvrir au public. Dans une interview accordée le 9 septembre à une radio associative, ram05, ils ont expliqué vouloir pour placer le site « au milieu de la vie des habitants ».
La forteresse se trouve, comme d’autres, sur un éperon rocheux, dans la zone de Château-Ville-Vieille, au-dessus du village de Château-Queyras. Le noyau médiéval, datant du XIIIe siècle, fut le siège de la châtellenie du Queyras, dans le Dauphiné. Son histoire est étroitement liée à celle de l’Escarton du Queyras, dont les communautés jouissaient d’une grande autonomie tout en restant soumises à l’autorité du Dauphiné, puis de la couronne française. Vauban y est intervenu, à un certain moment, en y réalisant de nouveaux ouvrages défensifs.
L’association «Les Amis de Fort Queyras », qui existait déjà avant l’arrivée des propriétaires actuels, regroupe des représentants de la Commune, de l’Office de tourisme du Guillestrois et du Queyras, du Parc naturel régional et de la propriété. Elle a une fonction opérationnelle : elle contribue à la diffusion de l’histoire du fort et à l’organisation d’expositions, de spectacles et d’initiatives pédagogiques. Il s’agit là aussi d’un modèle qui fonctionne ailleurs, par exemple au Fort de Bard, dans la Vallée d’Aoste : des acteurs locaux ou des fondations jouant un rôle de mécènes, en collaboration avec les pouvoirs publics et les propriétaires, organisent autour du bien patrimonial des événements et des moments de participation destinés aux habitants et aux visiteurs, dans une optique de viabilité économique.
Un chantier de restauration et de formation
La première phase des travaux a débuté en mai 2025 sur les remparts et le bastion ouest des remparts de Vauban, avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Provence-Alpes-Côte d’Azur. En 2026, les interventions porteront quant à elles sur le secteur oriental, la poudrière, le pavillon du gouverneur et l’ancien four.
La maîtrise d’œuvre est confiée à l’architecte du patrimoine Stéphane Baumeige. Les travaux sont réalisés par la coopérative Le Gabion, spécialisée dans la formation aux métiers du bâtiment et de la restauration, ainsi que par des entreprises du Queyras et des Hautes-Alpes. Dans le bastion nord-ouest se trouve par exemple un chantier d’insertion et de formation professionnelle, soutenu par la DRAC et le Département des Hautes-Alpes. La restauration comprend la mise en sécurité des parties instables et la reconstruction des maçonneries avec des pierres locales et des mortiers de chaux.
Entre juillet et août 2026, les visites grand public consacrées à la renaissance du Fort Queyras s’étendaient également aux espaces du chantier et se terminaient par un échange et une démonstration animés par un maçon de la coopérative Le Gabion.
La subvention du Loto du patrimoine s’inscrit donc dans un programme déjà en cours. La restauration se déroulera par étapes et, après la réouverture au public en 2027, de nouveaux travaux sont à prévoir.
La via ferrata sur le rocher du Fort
La via ferrata constitue un exemple d’utilisation collective du bien patrimonial, qui passe également par la collaboration entre le propriétaire et la commune. Le 28 janvier 2025, le Conseil municipal en avait discuté et avait fait remarquer que la via ferrata existait déjà par le passé, mais qu’un ancien propriétaire avait demandé son démontage.
Avec le changement de propriété, la Commune a pu relancer un projet de réaménagement, prévoyant deux variantes pour un coût de 26 000 euros, en sollicitant des subventions auprès de la Région Sud et du Département des Hautes-Alpes. Les nouveaux parcours ont été inaugurés à l’été 2025 : l’un de 120 mètres avec deux passerelles et l’autre de 400 mètres avec une passerelle qui s’étend jusqu’à proximité de la face nord du fort.
Au cours de l’été, les espaces du Château ont également accueilli des expositions sur les jouets du Queyras, des expositions photographiques, des œuvres textiles, des soirées d’observation des étoiles et des bals dans la cour.
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