Claudio Scajola relance le projet de construction d’une nouvelle autoroute, l’Albenga–Carcare–Predosa, afin de désengorger en partie le trafic lourd qui circule actuellement sur l’A10 côtière.
Le Conseil provincial d’Imperia, présidé par Scajola (qui est également maire d’Imperia), a approuvé à l’unanimité, le 28 septembre à Bordighera, un ordre du jour en faveur de cette nouvelle infrastructure, qui doit encore être projetée et construite. Elle devrait détourner une partie des flux vers le Piémont et Milan, désengorger le nœud routier de Gênes et, dans une certaine mesure, celui de l’ouest de la Ligurie, selon la variante retenue pour la construction.
Pour appuyer la proposition de nouvelle autoroute, Scajola a soulevé le problème du nombre excessif de poids lourds traversant l’ouest de la Ligurie. Ainsi, dans les journaux, à la radio et sur les réseaux sociaux, sa demande de fermer l’autoroute A10 aux poids lourds a fait l’objet d’une large couverture. La délibération approuvée par le Conseil provincial concerne toutefois la construction d’une nouvelle autoroute, dans un contexte réel de difficultés de circulation dans l’ouest de la Ligurie, entre chantiers, rétrécissements de chaussée et difficultés dans les déplacements quotidiens.
Par ailleurs, en évoquant le nombre excessif de poids lourds sur l’autoroute, Scajola rappelle Christian Estrosi qui, en novembre 2018, alors qu’il était maire de Nice, demandait une éco-taxe sur les camions afin de rapprocher le coût de l’axe côtier de celui du Mont-Blanc. Il associait également les recettes potentielles au développement d’une autoroute de la mer entre Gênes et Tanger, en passant par Marseille, Barcelone et Bilbao.
Le trafic augmente, les chantiers le relentissent
En 2024, environ 1,68 million de poids lourds ont transité par Vintimille, contre 1,625 million en 2023 : soit une augmentation de 3,3 % : entre 2025 et 2024, la hausse est plus modeste ; elle s’exprime en kilomètres parcourus, qui devraient avoir augmenté de 0,9 %.
Par rapport à 1999, la croissance est forte, de 66 %, selon l’Observatoire du trafic de marchandises transalpin.
La traversée côtière reste la plus empruntée par les camions parmi les liaisons italo-françaises recensées par le rapport.
Les fermetures de tunnels modifient la répartition du trafic, mais les effets ne se font pas uniquement sentir sur le tronçon ligure. En 2024, en partie en raison de la fermeture automnale, le Mont-Blanc est passé d’environ 517 000 à 348 000 passages de poids lourds, tandis que le Fréjus est passé de 919 000 à plus de 1,1 million, soit une augmentation de 20,4 %.
L’axe côtier permet toutefois d’éviter la montée vers les entrées des grands tunnels et le péage supplémentaire correspondant, tout en conservant les coûts autoroutiers. La rentabilité dépend toutefois de l’origine et de la destination des marchandises, des distances et des temps de trajet.
À ce trafic s’ajoute le long cycle d’entretien de l’A10 : le plan de Concessions du Tirreno (délégataire du service de l’autoroute) du 25 septembre prévoit des chantiers jusqu’à la mi-décembre 2026. Les travaux concernent, entre autres, le tunnel de l’Orco, le viaduc de Merula et les glissières de sécurité. Ces restrictions ont des répercussions sur le trafic international, les entreprises locales, les navetteurs et le tourisme.
Une nouvelle autoroute entre la côte ligure d’Imperia et le Piémont
La liaison Albenga–Carcare–Predosa relieraitl’A10 à l’A6 Turin–Savone et à l’A26, en passant de la côte à la Val Bormida et au bas Piémont. Les véhicules se dirigeant vers l’arrière-pays ne passeraient pas par Gênes, ce qui améliorerait la liaison entre le port de Savone-Vado et le Piémont ainsi que la Lombardie. Le dernier tronçon de la bretelle, entre l’A6 Turin-Savone (à Altare) et Albenga, aurait également un impact plus marqué sur l’ouest de la Ligurie.

Scajola a présenté cette nouvelle infrastructure comme un «doublement de fait» de l’Autoroute des Fleurs A10. L’ordre du jour propose de relancer les études et d’envisager une réalisation par étapes, notamment grâce à l’adaptation et à la réutilisation de routes existantes.
Le nom de cette bretelle recouvre toutefois différentes hypothèses, débattues depuis plusieurs années. L’une d’entre elles, d’une longueur d’environ 100 kilomètres, est le tronçon Albenga–Millesimo–Predosa, c’est-à-dire celui approuvé par le Conseil provincial d’Imperia. La fiche de l’Observatoire territorial des infrastructures du Piémont indique 65 kilomètres pour la liaison Predosa–Altare, donc sans le tronçon menant jusqu’à Albenga : il s’agit donc d’une liaison entre les axes autoroutiers uniquement. Pour la liaison avec la côte, des variantes vers Borghetto Santo Spirito et Orco Feglino ont également été envisagées. Il n’y a donc pas de longueur définitive à attribuer au projet.
Quoi qu’il en soit, même dans le tracé le plus favorable, les poids lourds circulant sur l’axe Italie-France continueraient d’emprunter l’A10 entre Vintimille et Albenga: il y aurait certes une nouvelle sortie d’autoroute vers le nord, mais tous les poids lourds passeraient toujours par la province d’Imperia. Ainsi facilités, il pourraient même augmenter.
En arrière-plan, les alternatives ferroviaires et maritimes
L’achèvement du doublement de la ligne ferroviaire Gênes–Vintimille concerne les 32 derniers kilomètres entre Finale Ligure et Andora, dont environ 25 devraient être en tunnel : ce doublement favoriserait le transfert des marchandises de la route vers le rail. RFI (Rete Ferroviaria Italiana, qui gère l’infrastructure, comme SNCF Réseau) a lancé la conférence de services (c’est-à-dire la concertation avec les collectivités et les parties prenantes sur le territoire concerné par le projet) en septembre 2025. Le projet en est au stade « définitif ».
Le 2 septembre 2026, la Région Ligurie a indiqué que les travaux devraient débuter en 2027 et que l’ouvrage pourrait être achevé d’ici 2035, pour un investissement d’environ 2,7 milliards d’euros. Toutefois, la compétence n’est pas de la Région – qui participe néanmoins à la concertation – mais à l’État. Le calendrier dépend des délais d’obtention des autorisations et de l’identification des financements, et le scénario présente encore plusieurs incertitudes.
Le transport maritime à courte distance, ou « short sea shipping », propose déjà des liaisons entre l’Italie et l’Espagne, mais ne concerne pas l’axe nord-sud et a un impact moindre sur le trafic de l’A10. La compagnie Grimaldi, par exemple, achemine des marchandises entre Savone et Barcelone et entre Livourne et Valence, également avec l’embarquement de camions et de semi-remorques.
Réguler le trafic : la comparaison avec le Brenner
Le président de la Région Ligurie, Marco Bucci, a annoncé des mesures visant à améliorer la circulation sur l’autoroute A10 en fonction de l’organisation des chantiers, avec des horaires et des itinéraires alternatifs, sans toutefois préciser les détails.
Dans les déclarations de M. Scajola, il n’ y a pas de propositions de régulation des accès ou des horaires, mais la presse locale, en particulier Il Secolo XIX de Gênes, a rappelé que des mesures de régulation existent, par exemple du côté autrichien du Brenner.
Sur l’A13 du Brenner entre l’Italie et l’Autriche, en 2026, un poids lourd Euro VI comportant au moins quatre essieux et relevant de la classe CO₂ 1 paiera 57,65 euros de jour et 110,34 euros de nuit, hors TVA, entre Innsbruck-Amras et la frontière, c’est-à-dire uniquement sur le tronçon autrichien. La tranche horaire nocturne s’étend de 22 h à 5 h et les tarifs varient également en fonction des émissions. Par ailleurs, il existe des bornes de recharge électriques dont les prix favorisent leur utilisation.
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