Le 15 octobre 2026, la Cour administrative d’appel de Lyon a rejeté la demande de suspension des travaux de la nouvelle autoroute A412 entre Machilly et Thonon-les-Bains, déposée par une coalition d’associations, d’agriculteurs et d’habitants de la Haute-Savoie.
Toutefois, le jugement sur la légalité de l’autorisation environnementale, qui constitue un autre élément important pour l’avenir de l’infrastructure, n’a pas encore été rendu.
Une autre audience, portant sur un autre recours en référé de la Ville de Genève, est prévue le 28 octobre, selon France Nature Environnement.
Ce deuxième litige porte devant les juges le désaccord entre les administrations suisses et françaises d’un même espace transfrontalier. D’un côté, on affirme vouloir améliorer l’accessibilité du Chablais grâce à une nouvelle autoroute ; de l’autre, on annonce une augmentation du trafic vers Genève, ce qui va à l’encontre des investissements dans les transports en commun et des efforts visant à réduire les impacts.
Quand on ne parvient plus à s’entendre, on s’adresse aux juges
Ce projet met ainsi à l’épreuve le dialogue au sein du Grand Genève, qui regroupe les deux cantons de Genève et de Vaud ainsi que les deux départements de l’Ain et de la Haute-Savoie, soit au total 209 communes et plus d’un million d’habitants.
Les institutions coopèrent et obtiennent même des résultats positifs, comme le projet commun sur les réseaux de transport transfrontaliers qui, entre parkings relais, améliorations des tramways et des bus, est financé par les deux parties.
En revanche, elles restent divisées sur le choix infrastructurel de l’autoroute du Chablais, longue de 32 kilomètres, entièrement située sur la rive française du lac Léman, mais dont les répercussions s’étendent au-delà de la frontière.
La ville et le canton de Genève : deux choix différents
La ville de Genève a choisi de saisir la justice car elle estime que la nouvelle autoroute pourrait accroître le trafic automobile en direction de son centre-ville et des communes suisses situées sur la rive gauche du Léman. Elle propose, conformément au projet d’infrastructures communes, de privilégier les alternatives ferroviaires, en particulier le Léman Express, qui relie Genève Cornavin à Thonon et Évian.

Le canton de Genève a quant à lui opté pour la voie du dialogue, comme il l’a indiqué dans sa prise de position rendue publique le 3 juin. Le Conseil d’État (le gouvernement) du Canton a expliqué en séance plénière avoir demandé à la partie française des informations sur les effets sur la mobilité, les passages frontaliers secondaires, le bruit et les eaux de surface.
Il a toutefois demandé une modification du projet afin d’y inclure un corridor écologique — c’est-à-dire un passage permettant aux animaux de traverser l’infrastructure — en se référant à la Convention d’Espoo sur les impacts environnementaux transfrontaliers, ratifiée par la Suisse en 1996 et par la France en 2001, et donc en vigueur. Dans le cas du canton également, il existe donc une base juridique, et les réponses attendues ne relèvent pas d’une simple courtoisie entre voisins, mais d’une obligation prévue par un traité.
Des divergences sur la mobilité, y compris d’ordre culturel
On assiste également à un débat plus général sur le rôle de la voiture, les transports publics, l’aménagement du territoire et l’avenir de la Grande Genève, dont les résidents et le produit intérieur brut ne cessent d’augmenter.
Du côté français, on a l’impression que le rail ne suffit pas. De plus, entre la Suisse et la France (comme entre la Suisse et l’Italie), il existe désormais une véritable différence culturelle en matière de mobilité, les transports publics jouant un rôle bien plus important en Suisse.
Mais au final, les décisions restent françaises, même si une partie des effets attendus concerne le territoire suisse. Ainsi, à une certaine image positive des relations franco-suisses – par exemple à travers Interreg, les visites d’État, les instances de coopération communes – s’ajoute une autre réalité, marquée par des contrastes.
Nous avons assisté à une sorte de décision unilatérale sur la fin de l’accueil des enfants de frontaliers dans les écoles genevoises, qui aurait peut-être pu être géré autrement. Nous avions également évoqué la controverse d’Ambilly, cette commune française à laquelle ont été réclamés 8,5 millions de francs suisses d’impôts pour des opérations foncières concernant des terrains cédés au canton de Genève, somme certes payée, mais qui relevait également d’une médiation entre entités publiques.
Le Tribunal fédéral a rejeté son dernier recours le 27 août 2025, et pour faire face à cette dépense, Ambilly devra utiliser – selon les estimations – l’intégralité des recettes provenant des loyers de ses derniers biens immobiliers. Cette affaire a laissé dans les esprits l’impression d’une triste histoire, et tous ces événements laissent des traces.
Une autoroute de 16,5 kilomètres dans le Chablais

L’A412 pour ce tronçon est une nouvelle autoroute de 16,5 kilomètres, à deux voies dans chaque sens, reliant Machilly à Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, et qui complète la liaison routière entre le secteur d’Annemasse et Thonon.
Déclarée d’utilité publique en décembre 2019, elle a été confiée en 2024 à la société AMEDEA pour la conception, la construction, l’exploitation et l’entretien. Le préfet de la Haute-Savoie a signé l’autorisation environnementale le 28 août 2026, malgré un avis non contraignant et défavorable du Conseil national de la protection de la nature, institution rattachée au ministère français de la Transition écologique.
Dans son avis du 26 février 2026, le Conseil estimait que la démonstration de l’intérêt public prépondérant était insuffisante et demandait une analyse plus approfondie des alternatives avec moins d’impact. Il a également souligné le risque qu’une capacité accrue du transport routier alimente un nouveau trafic, l’urbanisation et la dépendance à l’automobile.
Les travaux préparatoires et de déboisement ont ensuite commencé en septembre, au milieu de nombreuses protestations.
À quoi sert cette autoroute ?
L’État français et les collectivités qui soutiennent le projet – parmi lesquelles figure notamment le département de la Haute-Savoie – présentent l’autoroute comme une réponse à la congestion des routes existantes (qui est bien réelle), aux problèmes de sécurité et à la croissance démographique du Chablais. Ils considèrent ce nouvel axe routier comme un complément aux transports collectifs et au Léman Express, qu’ils entendent toutefois renforcer.
L’opposition au projet est composée de 21 organisations et de 40 riverains : des personnalités écologistes, la Confédération paysanne, des exploitations et coopératives agricoles, ainsi que quatre associations communales de chasse. Des actions de protestation ont également lieu sur le terrain, avec une « Zone à défendre » (ZAD), c’est-à-dire l’occupation de terrains – qui s’étendait sur 2,5 hectares – sur lesquels l’autoroute devrait passer, à Mésenges. Elle a vu le jour dès novembre 2025 et a fait l’objet d’une évacuation partielle par les forces de l’ordre début octobre 2026.
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